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Les Chroniques de Big City

Eli

30 Novembre 2012 , Rédigé par A.P.

Quand je me suis réveillé ce matin, c'était presque le soir. A travers les persiennes de la fenêtre de ma chambre, le soleil malade venait agoniser sur la peau noire de Betty. Je dis Betty, c'est pour dire quelque chose. Je n'ai aucune idée de son nom. Tout ce que je sais d'elle, c'est qu'elle n'était pas Cléa. Je me suis glissé hors du lit en silence et me suis dirigé vers la salle de bain. J'espérais qu'elle serait partie quand je sortirais de la douche. En partie pour ça, et aussi parce que j'avais vraiment besoin de me remettre les idées en place, je suis resté presque une heure sous le jet d'eau brûlante.

La soirée avait commencé comme souvent : je m'étais écroulé sur le zinc de Morse pour lui raconter mes malheurs – pas mon malheur, je n'en ai pas besoin ; Morse sait. Gaby est passé un moment, il a bu quelques cafés. Ce type est incroyable : il ne boit que du café, et il a continuellement l'air éclaté. Mais je m'égare. Une fille a commencé à le draguer, je pense qu'il a cru que c'était une sistra, et ce n'est pas trop son truc, je ne sais pas pourquoi ; toujours est-il qu'il a pris congé. La fille – Betty - a donc logiquement jeté son dévolu sur moi. C'est sans doute comme ça que Betty a atterri dans mon lit.

Quand j'y pense, je trouve ça d'une tristesse sans nom.

Je me demande parfois pourquoi Morse ne m'empêche pas de faire des conneries. Et puis je me rappelle qu'il n'est pas mon père.

Quand j'y pense, je trouve ça d'une tristesse sans nom.

En sortant de la douche j'ai été accueilli par le sourire étincelant de Betty. Je me suis senti con. Et étrangement coupable.

- Tu veux un café, ai-je demandé.

- Je me suis permise d'en faire.

Elle avait presque l'air de s'excuser. Je ne la connais pas ; je la déteste. Je voudrais la mordre, la griffer, la cogner. Je la déteste d'être belle et insouciante, je la déteste d'être heureuse. Je la déteste de s'être offerte à moi gratuitement, et même pas par pitié. Je la déteste d'être tout ce dont je rêve.

Je la déteste de n'être pas Cléa.

- Tu as bien fait, ai-je dit.

Je ne voulais pas qu'elle s'assoie, ni qu'elle me parle ; je l'ai mise dehors sans brusquerie. Je l'ai embrassée pour lui dire au revoir, le dégoût sur mes lèvres. J'ai passé le début de soirée affalé seul devant l'écran de télévision, à fumer sur quelques verres de scotch. Vers 22h, je suis sorti vaguement vers le bar de Morse.

Et tout ça pour une robe à fleurs.

Quand j'y pense...

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