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Les Chroniques de Big City

Madeleine

31 Octobre 2012 , Rédigé par Alexis Pauline

Les paupières closes, je les vois encore. Les regards de la mort ; ils crient, la bave aux lèvres, écumant de rage. Leurs yeux sont injectés de sang. Ils se lèvent et brandissent le poing. Ils s'activent, ils s'invectivent, ils sont vains.

Je jubile.

Madeleine, les mains dans la terre, s'occupe de ses tubercules. Elle aime bien ça, Madeleine. Ça la détend. Le son de sa petite télévision s'échappe de la fenêtre ouverte de la cuisine. C'est Gérard qui regarde la football. Il aime bien ça, Gérard. Il crie devant la tévé. Madeleine, ça l'insupporte. Elle ne comprend pas. Ça ne l'intéresse pas. Alors, pour se détendre, elle aime encore mieux s'occuper de ses tubercules. Quand les patates seront prêtes, elle en fera de la purée, qu’elle servira à Gérard, qui ne lèvera pas les yeux sur elle. Il ne les mérite pas, ni elle ni la purée ; mais elle a pris l'habitude. Parfois, elle rêve qu'il soit moins con. Parfois même, dans un moment d'égarement, elle l'imagine la prenant dans ses bras. Alors un profond sanglot, un de ceux que l'on devrait oublier après l'enfance, lui monte dans la poitrine, et elle l'imagine en terre. Elle se dit parfois qu'une toute petite dose de mort-aux-rats mettrait sans doute fin à ses problèmes. Et puis elle n'ose pas. Il lui fait peur. De temps en temps elle peut le voir sur son visage, lorsqu'il vocifère ;

Le regard de la mort.

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